Turin, son héritage industriel
Ouvrière et bourgeoise, arty et discrète, Turin ne se laisse pas facilement étiqueter. Loin de la réussite tapageuse de sa voisine Milan, Turin n’a certes pas encore réussi sa transition de cité industrielle à ville de services : avec un prix au mètre carré inférieur à ceux de Naples ou de Bari, elle est même une anomalie économique septentrionale. Mais, ces dernières années, la renaissance des anciennes friches industrielles sous la forme de nouveaux espaces culturels dynamiques, tournés vers l’art et respectueux de l’histoire de la ville a contribué à attirer un nombre croissant de touristes et à faire de Turin une destination recherchée pour les fans de vues spectaculaires, de musées stylés et de musique pointue.
La Pista 500
C’est dans le bâtiment légendaire du Lingotto qu’ont été conçus 80 modèles de Fiat entre 1923 et 1982 et sur le toit de celui-ci que les voitures toutes neuves faisaient un premier tour de piste.
L’ancienne piste d’essai a aujourd’hui été transformée en jardin – c’est le jardin suspendu le plus grand d’Europe – et rebaptisée « la Pista 500 », en hommage à la plus populaire des Fiat. Afin de profiter des installations artistiques du jardin et de flâner dans les virages avec une vue à 360 degrés sur les « montagnes olympiques » (Turin a accueilli les JO d’hiver en 2006), mieux vaut réserver à l’avance un billet combiné pour la Pinacoteca Agnelli + la Pista 500 qui garantit l’accès à l’ensemble du toit. On peut le cas échéant entrer gratuitement au Fiat Caffè 500, le café du musée, et apercevoir un bout de piste depuis la terrasse panoramique.
Parmi les artistes avant-gardistes exposés figurent la photographe américaine Nan Goldin ou le collectif danois Superflex. Lors de son voyage à Turin on peut aussi s’inscrire à l’une des nombreuses activités proposées tout au long de l’année sur le toit : book party, cours de méditation… et même faire un tour de piste dans un modèle Fiat des années 1930 !

Le musée national du cinéma de Turin
Depuis 2000, le musée national du cinéma loge dans l’un des bâtiments les plus originaux et incontournables de Turin. Haute de 167,5 mètres, la Mole Antonelliana a été pensée par son architecte Alessandro Antonelli comme un bâtiment futuriste, capable de toucher le ciel.
À l’intérieur, un ascenseur en verre permet de suivre la structure en spirale de la tour et ses différents niveaux d’exposition jusqu’à la terrasse. Personnes sujettes au vertige ou à la claustrophobie s’abstenir ! Les cinéphiles se régaleront du fonds de 2 millions de pièces que contient le musée : des tenues mythiques de Marilyn Monroe au chapeau de Fellini, de l’horloge de Metropolis à la Vespa de Nanni Moretti dans Journal intime…
Le musée propose aussi une plongée dans les techniques utilisées aux débuts du cinéma pour les effets d’optique, des théâtres d’ombres aux lanternes magiques. On en repart des étoiles plein les yeux.

Le musée Lavazza
Inauguré en 2018, le musée Lavazza, qui fait partie intégrante du nouveau quartier général du numéro 1 du café en Italie, a investi les locaux d’une ancienne usine électrique dans le quartier d’Aurora, connu pour son marché aux puces, ses galeries d’art et son passé industriel, parfois comparé à Brooklyn. Un symbole, donc, du retour de l’industrie voulue par la quatrième génération de la famille Lavazza à la tête du groupe aux 2 milliards d’euros de chiffres d’affaires.
C’est à côté de l’immeuble du Nuvola, « le nuage », qui abrite le siège de Lavazza, qu’on peut apercevoir sur la façade ce slogan en lettres de néon : Il caffè è un piacere. Là commence le parcours élégant proposé par le musée, scindé en différentes galeries thématiques. Tantôt voyage dans le temps sur les pas de Luigi Lavazza et de ses débuts modestes de cafetier, à l’époque où Angelo Mariondo inventait la première machine à café à Turin (1884), tantôt visite didactique dévoilant les secrets de la cueillette et de la torréfaction, la visite se termine comme il se doit par une dégustation de café en compagnie des baristi chevronnés de la maison.
Êtes-vous plutôt moka, French press, cold brew, espresso ou cocktail expérimental ?
La cité industrielle Olivetti
On encourage les amoureux des anciens sites industriels à prendre le train jusqu’à Ivrea, la voisine piémontaise de Turin célèbre pour son carnaval – le troisième plus important d’Italie, (où la tradition consiste à jeter des oranges sur ses voisins).
À dix minutes à pied de la gare se trouve le quartier industriel des anciennes usines Olivetti, un site aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Le parcours de 2 kilomètres à ciel ouvert commence au « visitor centre » : des audioguides y sont disponibles et des visites guidées de 2 heures et demi proposées les samedi et dimanche.
Difficile de ne pas parcourir la via Guglielmo Jarvis, dont Le Corbusier avait dit en son temps qu’elle était « la plus belle rue du monde », ou de visiter un appartement témoin de la résidence Talponia, pensée pour les ouvriers de la célèbre usine de machines à écrire, sans se demander à quoi ressemblerait Ivrea si les successeurs du visionnaire Adriano Olivetti n’avaient pas fait l’erreur funeste de vendre à IBM dans les années 1960 le département numérique de l’usine, à l’origine de la conception du premier ordinateur individuel, le Programma 101 ! Ce « gratte-ciel à l’horizontal » en demi-cercle n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’Apple Park de la Silicon Valley…

Capitale de l’électro
Qui dit zone industrielle en friche dit terreau fertile pour les musiques électroniques ! Comme la ville de Détroit ou la vallée de la Rurh avant elle, Turin peut se targuer d’accueillir chaque année début juillet le plus grand festival de musique électro du pays, le KappaFuturFestival, une étape à ajouter à votre circuit dans le nord de l'Italie.
Dans l’immense cathédrale à ciel ouvert qu’est devenu le site de l’ancienne usine sidérurgique Parco Dora, dont les tours rouillées pointant vers le ciel au milieu d’un vaste parc donnent un côté Mad Max à l’affaire, quelques 100 000 personnes venues de plus de 100 pays différents se réunissent pour vibrer au son d’un line up impressionnant. Pour la modique somme de 5 000 euros, le festival propose même un pass Art et techno qui comprend, outre un hébergement dans un hôtel 5 étoiles de Turin, des visites de collections privées, de studios d’artistes et de galeries de la ville.

Mes adresses culturelles
La Pista 500, Via Nizza, 262, 10126 Torino
Mole Antonelliana, Via Montebello, 20, 10124 Torino
Musée Lavazza, Via Bologna, 32, 10152 Torino
Ivrea UNESCO Visitor Centre, Via Guglielmo Jervis, 26, 10015 Ivrea
Parco Dora, Corso Mortara, 10149 Torino