Rencontre avec un calligraphe au Maroc

  • 3 min
  • Mis à jour le : 19 octobre 2026
  • Par Laurie Arnauné

En se promenant dans les médinas du Maroc, il n’est pas rare de tomber sur des façades recouvertes de lettres arabes entrelacées. Installé dans son atelier, Sadik, calligraphe autodidacte, perpétue un art ancestral tout en l'inscrivant dans son époque. Rencontre avec cet artisan des lettres dont le travail contribue à nourrir l'âme artistique du Maroc.

La calligraphie fait le mur au Maroc

Au Maroc, la calligraphie ne se limite pas aux manuscrits anciens, aux mosquées ou aux palais. Elle s'invite aussi dans l'espace urbain, où des artistes réinterprètent cet art à travers de grandes fresques murales que l’on contemple avec plaisir lors d’un voyage au Maroc. Les lettres arabes deviennent motifs, mouvements et jeux de formes, transformant les façades en œuvres d'art à ciel ouvert.

Composition de deux photos des rues d'Asilah. Les murs sont blancs ou recouverts de calligraphie.
© vladislav333222/stock adobe © Jon Arnold Images/ hemis

Éphémères par nature, elles évoluent au fil du temps, mais conservent la même vocation : rappeler que la calligraphie est un art vivant, profondément ancré dans la culture marocaine.

Dans l’atelier de Sadik

Dans son atelier d’artiste, grand comme un mouchoir de poche, Sadik m’accueille à cœur ouvert. Toiles calligraphiées, pots à crayons, couleurs, esquisses et calames biseautés pigmentent la vie de l’atelier au même titre que les conversations qui bruissent et nous emmènent (souvent) dans de grandes envolées lyriques et philosophiques.

Dans l'atelier du calligraphe Sadik Haddari. Il montre comment manier le calame biseauté.
Sadik nous montre comment manier le calame biseauté. © Catherine Leblanc/Alamy Stock Photo/hemis

Sadik (= l’ami en arabe) ne se considère pas à proprement parler comme un artiste mais comme « un artisan, voir éventuellement un calligraphe ». « La beauté était là avant »… Parole d’artiste… euh pardon de calligraphe, de poète et de philosophe ; 3 univers qui se confondent en toute humilité chez Sadik.

L'artiste des chemins de fer

Dans une autre vie, Sadik appartenait à la grande famille de l’ONCF (version marocaine de la SNCF). L’artiste s’occupait déjà de graphisme… oui, mais de graphisme publicitaire ! Conception et réalisation d’affiches, de dépliants, de banderoles et de prospectus occupaient ses journées. Depuis sa retraite, le calligraphe autodidacte a tout le loisir de consacrer à son propre graphisme et de « vivre pleinement son existence ». Sadik participe désormais à de nombreux festivals au Maroc, en Espagne et en France.

Envolée graphique

Puis l’artiste se met à l’œuvre. Un silence monacal envahit le petit espace qui semble relié aux plus grands lorsque la pointe biseautée du calame se met à glisser sur la feuille, aussi légère que les nuages qui passent au-dessus de notre tête.

Une fresque murale de calligraphie arabe aux teintes contrastées de jaune, de bleu et de blanc avec des détails dorés.
© Tolo/stock adobe

L’encre noire s’ancre délicatement sur le papier, ébauchant l’esquisse d’une première lettre arabe qui aura ici le premier et le dernier mot. Puis des lettres aux proportions diverses et variées s’allongent sur le papier et s’élancent tout en courbes.

Sadik ne tourne pas longtemps autour des mots. Les angles s’arrondissent, les symétries s’embrassent et s’entrelacent jusqu’à créer, dans un dernier élan d’inspiration, un point d’équilibre parfait qui semble fredonner une mélodie.